Il m’arrive parfois de contempler l’une de mes réalisations avec un certain émerveillement. Pas forcément parce qu’elle est révolutionnaire, mais parce que je sais tout ce qu’elle contient : les heures de conception, les lignes de code, les ajustements graphiques, les nuits passées à traquer un bug aussi discret qu’obstiné.

Je suis Webmaster, développeur full stack, Web-designer, architecte, un peu pompier de service aussi, quand tout s’effondre à cinq minutes d’une mise en ligne. En somme, je fabrique des univers numériques.

Et souvent, lorsque le projet est terminé, je ressens cette satisfaction particulière du créateur. Celle qui consiste à regarder une page s’animer, sa mise en page, une fonctionnalité répondre parfaitement, une interface prendre vie. Pendant quelques instants, je redeviens le gamin qui découvrait Internet avec des étoiles dans les yeux.

Quand le numérique n’émerveille plus

Puis vient le moment où je montre mon œuvre. Et là, généralement, la réaction ressemble à :

– Ah, c’est bien.

Trois mots. Des semaines de travail résumées en trois mots.

Je ne cherche pas spécialement les applaudissements. Les clients paient, les utilisateurs utilisent, les statistiques montent parfois. Objectivement, tout va bien. Pourtant, il manque quelque chose : l’étonnement.

Je crois que nous sommes devenus blasés du numérique.

Il fut un temps où un site web impressionnait. Une animation faisait lever les sourcils. Une fonctionnalité innovante suscitait la curiosité. Aujourd’hui, tout semble acquis. Les applications doivent être fluides, les interfaces élégantes, les services instantanés. C’est devenu la norme.

Personne ne félicite son robinet parce que l’eau coule. Le numérique a subi le même sort : il fonctionne, donc c’est normal.

Paradoxalement, plus les technologies progressent, moins elles étonnent. Nous transportons dans nos poches une puissance informatique qui aurait semblé magique il y a vingt ans, et nous nous agaçons lorsqu’une page met trois secondes à charger.

Le problème n’est donc pas que mon travail manque de valeur. C’est peut-être simplement que le numérique a perdu son pouvoir de fascination.

Il est partout. Dans nos métiers, nos loisirs, nos achats, nos conversations, nos voitures, nos montres et même nos réfrigérateurs. À force d’omniprésence, il est devenu invisible.

Alors parfois, je ressens une forme de blues. Non pas celui du développeur épuisé par le code, mais celui de l’artisan dont les créations sont devenues tellement ordinaires aux yeux du public qu’elles ne suscitent plus de réaction.

La reconnaissance silencieuse du créateur

Heureusement, ce sentiment ne dure jamais très longtemps. Car au fond, je continue à aimer ce que je fais. J’aime résoudre des problèmes, imaginer des solutions, transformer une idée abstraite en quelque chose de concret. J’aime voir une page blanche devenir un projet vivant.

Et même si personne ne s’émerveille vraiment devant le résultat, moi, je connais le chemin parcouru. C’est peut-être cela, finalement, la reconnaissance la plus honnête : celle que l’on s’accorde à soi-même lorsqu’on regarde son travail et qu’on se dit simplement :

« Oui, ça, je l’ai fait. Et j’en suis fier. »

Quʼen pensez-vous ?

Publié par Georges Calvo

Probablement en train de coder, mais cela ne m'empêche pas d'écrire des articles intéressants !

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